Conseil de déontologie journalistique et de médiation : pourquoi j’y suis

CréaCDJM021219Ce 2 décembre 2019, un Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) vient enfin d’être créé en France. Je m’y investis, parce que je suis journaliste, parce que je m’informe et parce que je pense que les médias ont un rôle à jouer dans les mutations qui s’annoncent, en tant qu’auxiliaires de la démocratie,
et qu’il faut renouer leur lien avec le public.                         (Photo Sandrine Chesnel)

Je m’informe via des sources variées. J’aime cette variété, je souhaite qu’elle perdure. En montrant au public qu’une information de qualité demande du temps, de l’indépendance, de l’honnêteté, des moyens…, le CDJM (télécharger une présentation ici) permettra certainement de mieux faire la différence entre un média et un outil de propagande ou un vecteur de revenus publicitaires.

Il permettra aussi de rappeler à tous ce qu’est une ligne éditoriale : un choix de traitement ou non d’un fait, selon ses présupposés liés à la classe sociale, au secteur économique que l’on souhaite toucher ou que l’on représente. J’espère que cela permettra au public de ne jamais oublier quand il s’informe qu’un média n’est jamais neutre, qu’il fait des choix éditoriaux, c’est-à-dire qu’il sélectionne les sujets qu’il traite et qu’il les traite d’une certaine façon, la sienne.

Je suis journaliste, en partie pigiste et en partie rédactrice pour des institutions ou des médias sans commission paritaire. Je n’ai pas la carte de presse. Il y a de nombreux profils de journalistes différents du mien. Nous exerçons ce métier avec responsabilité et amour, mais pas toujours dans les règles de l’art. Parce que nous ne les connaissons pas, parce que nous les avons oubliées, parce qu’on ne nous les a pas apprises, parce qu’on ne nous laisse pas le temps de les respecter, parce que nous n’avons pas les moyens matériels de le faire. Outils de pédagogie auprès du public, le CDJM le sera aussi auprès des confrères et des directions qui, s’ils n’ont de leçons à recevoir de personne, se laissent parfois aller à la facilité, à la complaisance ou à l’urgence de publier.

Bien sûr, le CDJM ne règlera pas tous les problèmes de la presse, qui sont liés à son modèle économique obsolète, au manque de moyens dans les rédactions, notamment journalistiques, à une certaine endogamie de la profession, à la financiarisation de l’économie, etc. Mais il apportera sa pierre au moulin du lien entre le public et les médias, qui doit être reconstruit sur d’autres bases, moins utilitaristes, plus émancipatrices. C’est ainsi que les journalistes pourront rejouer un rôle dans la démocratie qui a besoin de médias variés, indépendants et économiquement sereins.

J’aimerais aussi que le CDJM contribue à prendre les politiques à leur propre piège afin qu’ils cessent de fustiger sans fondement les journalistes quand ils font leur travail. Comment ? En prenant à la lettre les invectives du style « ce ne sont pas des méthodes de journalistes, ce sont même des méthodes de voyous, disons-le, oui toutes les règles sont enfreintes et tous les mensonges sont possibles… Ce n’est pas du journalisme » (De Rugy, septembre 2019) ou « nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité » (Macron, juillet 2018) ou « vous les médias, vous n’êtes pas obligés de jouer le rôle de chambre d’écho de petites minorités qui essaient d’imposer leur loi à tous » (Blanquer, juillet 2019). En répondant que oui (ou non), la déontologie a été respectée et que les journalistes mis en question ont fait leur travail selon les règles de l’art. Et que les politiques en l’occurrence racontent n’importe quoi.

À qui profitera le respect de la déontologie ? À propos du code de déontologie, dans son Guide pratique de l’autorégulation des médias, l’OSCE répondait en 2008 : « À tout le monde. Pour les propriétaires et les éditeurs d’organes d’information, c’est une protection contre la critique et les actions en justice ; pour les journalistes, il sert de normes à l’aune desquelles leur travail peut être jugé ; pour le public, il garantit que les informations qu’il reçoit sont impartiales, exactes et vérifiées. »

Christel Leca

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